QUARTIERS


Bourse-Esplanade

Le long périple des Penciu

Réfugiés politiques du temps du dictateur Roumain, Nicolae Ceausescu, les Penciu, se souviennent, avec douleur, du long voyage qui les a conduits jusqu’à Strasbourg. C’était en 1986.

« La France a été une très bonne mère pour nous. »
Geneviève Engel

Gabriel Penciu est le concierge de l’Ares, et préside, depuis dix ans, l’association culturelle et amicale roumaine (Acar). Son épouse, Maria, travaille comme hôtesse de caisse, à Auchan. Leur fils Florin, 24 ans, vient de signer son premier contrat de travail après ses études de commerce. Ils vivent à Strasbourg depuis 16 ans, dans le bonheur et la sérénité. « La France a été une très bonne mère pour nous », dit Gabriel Penciu. S’ils se sont enfuis, c’est parce que leur vie en Roumanie était devenue un enfer.
Tout commence quand Gabriel se lie d’amitié pour un chef d’entreprise anglais qui commerçait avec la Roumanie. Ils s’écrivent. Gabriel le reçoit à dîner. Ces rencontres déplaisent à la Securitate, la police politique du dictateur. Les Penciu sont surveillés, interrogée. Le jour. La nuit. Leur courrier est lu. On entrave ses projets professionnels. Gabriel ne travaillera jamais dans l’hôtellerie. À cela s’ajoute l’état de pauvreté croissante du pays. « Tout a basculé en 1973, après la crise pétrolière, analyse Gabriel. Le régime s’est endurci et l’on manquait de tout. Les magasins étaient vides. On se levait à 2 heures du matin pour 200 g de beurre. On patientait 4 heures, parfois pour rien. »

Quelle vie à l’ouest ?
Ils attendront cinq ans pour obtenir un visa pour la Hollande afin d’y passer des vacances chez leur ami anglais. Leur fils Florin servira de caution à la Securitate. Les menaces sont lourdes. La route fut longue jusqu’à Paris, puis Strasbourg. Sans argent. Sans notion de français. Découvrant tout du système capitaliste : les parkings payants, l’abondance... Pendant des semaines, leur unique maison sera leur Renault 12. Leur fils, pris en charge par la Croix-rouge, les rejoindra un an et demi plus tard. Sain et sauf.

Personne sauf, Maria, n’aura su le projet de Gabriel, de quitter le pays. « Je n’en parlais à ma femme que dans la rue, quand passait un bus. » Aujourd’hui, on ne sait que trop, combien il a bien fait. La Securitate a radiographié la vie privée de millions de Roumains... grâce à la complicité d’environ 600 000 informateurs recrutés dans la société civile dont 97 % d’entre eux étaient poussés par des sentiments politiques et patriotiques.


La Hongrie, à travers son folklore

Une vingtaine de femmes et d’hommes se retrouvent chaque mardi soir à l’Ares pour danser le folklore hongrois. Aucun d’eux n’est Hongrois.


Strasbourg Magazine : Vous êtes deux associations de danses hongroises réunies pour la première fois cette année. Depuis quand existez-vous ?

Christophe Bombola :
Je dirige le groupe hongrois Karpatia, et Renée Morel le groupe Hétszinvirág qui est une émanation de l’association culturelle hongroise. Elle comptait sept filles et trois garçons, et moi exactement le contraire. Nous sommes aujourd’hui sept couples. D’autres élèves viennent et repartent comme dans tous les cours de danse.

S.M. :
Pourquoi vos cours attirent un public qui, en grande majorité, n’a aucune origine hongroise ?

Renée Morel :
Nous partageons tous un engouement pour ce pays. Chaque année, nous organisons des stages de danses en Hongrie. Nous faisons aussi venir des chorégraphes hongrois.

C.B. :
Les femmes y trouvent aussi un intérêt chorégraphique. La danse hongroise est très technique aussi pour elles. Leurs pas ne sont pas calqués sur ceux des hommes, mais écrits pour elles. Le folklore hongrois leur accorde une vraie place. Ce n’est pas le cas, dans le folklore ukrainien ou russe où les femmes sont là pour applaudir les exploits des hommes et accompagner leurs danses. Ensuite, les rythmes musicaux sont très variés.

S.M. :
Que racontent les danses hongroises ?

C.B. :
Comme tous les folklores, les fêtes religieuses et profanes de l’année : les vendanges, les moissons, Noël, Pâques, carnaval. Certains thèmes, comme le mariage ou les rivalités entre hommes, sont aussi illustrés.

R.M. :
Le folklore a aussi permis du temps du communisme, d’exprimer ce qui ne pouvait être dit autrement. Les danses varient selon les régions. Celles où l’on était plus libre utilisent l’espace, sont joyeuses. Celles qui sont nées dans les lieux de forte répression sont étriquées.

S.M. :
L’avenir du folklore hongrois en Europe ?

C.B. : Les compositeurs Kodaly et Bartok ont enregistré toutes les musiques et les chants des personnes âgées de leurs époques. Ces documents sont aujourd’hui publics et consultables par tous. Mais si le folklore hongrois est encore très vivant dans les villages - en sortant de la messe, les femmes dansent et chantent spontanément - il disparaît peu à peu dans les villes. Le folklore reste une tradition paysanne.

Renée Morel,
Tél. : 03 88 32 64 79.
Christophe Bombola,
Tél. : 03 88 83 33 19.

Le bureau de Olivier Arbousse, adjoint de quartier, cour de Cambridge (centre commercial de l’Esplanade), 03 90 41 17 00
Caisse d’allocations familiales (Caf) du Bas-Rhin : 18, rue de Berne. 03 88 37 68 70.
Caisse primaire d’assurance maladie (CPAM) : 16, rue de Lausanne. 03 88 76 88 88
Maison des associations : 1a, place des Orphelins. 03 88 25 19 39.
Commissariat central : 03 88 15 37 37.
Bains municipaux : 10, boulevard de la Victoire. 03 88 35 51 56.



Page précédente  |  Page suivante