Dossier


Ensemble, construisons l’Europe

En 2004, Chypre, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie et la Slovénie intégreront l’Union européenne.
© Dessine moi un moton

«Ouf » ! Oui, c’est un grand « ouf » de soulagement qui a accueilli les résultats positifs du 2e référendum organisé, le samedi 18 octobre, en Irlande. En effet, un second « non » du peuple irlandais aurait repoussé de plusieurs mois, voire de plusieurs années, l’inéluctable élargissement de l’Union européenne.
Treize pays sont candidats à l’entrée dans l’Union européenne.
 
Sur les treize pays candidats à l’entrée dans l’Union européenne, le prochain Conseil européen des chefs d’États et de gouvernement, de Copenhague, les 12 et 13 décembre, décidera d’admettre, dès 2004, Chypre, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, Malte, la Pologne, la République Tchèque, la Slovaquie et la Slovénie.
S’agissant de la Bulgarie et de la Roumanie, la Commission propose une intégration dans l’Union, au plus tôt, en 2007. Sur ces douze pays, dix sont des « ex-pays socialistes » et, pour leurs peuples, « notre ville et notre pays constituent le symbole du retour dans le concert des Nations libres, et le lieu de la renaissance internationale », a souligné Fabienne Keller.

« S’il est une ville synonyme de la construction européenne, c’est bien Strasbourg. »
Airdiasol/Rothan
Enfin, en ce qui concerne la Turquie, les négociations d’adhésion devraient se poursuivre dans les mois et les années à venir. Pour l’instant, aucune date n’est fixée.
Ainsi, l’Union européenne passera de 15 à 25 membres, ce qui est sans précédent dans la jeune histoire de l’Europe politique. Les peuples des dix nouveaux pays participeront aux élections européennes qui auront lieu en juin 2004. Avec le jeu des nouvelles répartitions du nombre de parlementaires par pays, le Parlement européen comprendra 732 députés, au lieu de 626 actuellement(1).
Bien sûr, tout ne peut être simple quand on en est au stade des dernières négociations. Le conseil européen de Bruxelles de la fin octobre, l’a montré qui, malgré un certain nombre de dissensions au sujet de la politique agricole commune (Pac) et des fonds structurels, a donné le feu vert pour les ultimes discussions du sommet de Copenhague.
À ce moment-là, les conditions d’adhésion seront soumises aux pays candidats. Nul doute, même si cela ne sera pas toujours de gaieté de coeur pour certains, que tous y souscriront.
Et, pour préfigurer l’élargissement de 2004 et des années à venir, le Parlement européen et les collectivités locales alsaciennes accueilleront, du 18 au 20 novembre, des délégations des Parlements nationaux des treize pays(2). « Le Parlement européen manifeste ainsi son esprit d’ouverture et sa volonté de réussir l’accueil de ses futurs membres », explique Jean-Jacques Fritz, responsable du bureau de l’institution parlementaire à Strasbourg. Plus de 200 membres des Parlements nationaux - 214 exactement et près de 350 avec les accompagnateurs et les journalistes - seront donc reçus en même temps que les parlementaires des Quinze.
Dans le cadre de cet élargissement, le rôle de Strasbourg, ville symbole de la réconciliation européenne après la Seconde Guerre mondiale, est très important. Un rôle, et tout le monde en est d’accord, qu’elle ne peut assumer seule. C’est pourquoi, le maire de Strasbourg et le président de la Cus ont réaffirmé, à maintes reprises, la nécessité de faire du « rayonnement européen de Strasbourg, une cause pour la France ».

De nombreuses initiatives Le Parlement européen n’est pas le seul à se préparer à l’élargissement de l’Union.
Le Médiateur européen, par exemple, a déjà adapté son site Internet aux pays candidats, se souciant ainsi des besoins linguistiques de leurs citoyens.
Une vingtaine d’entreprises de la Cus ont des relations commerciales avec la plupart des pays candidats.
 
Des Strasbourgeois mettent également en oeuvre, de multiples façons, des actions d’accueil ou bien se forment pour mieux découvrir les pays candidats à l’Union.
C’est le cas, en particulier, de la paroisse Saint-Maurice qui organise au cours de la semaine de l’élargissement un Carrefour des Européens. « Il s’agit de vivre l’Europe au quotidien, au-delà de la vie des institutions », explique le curé de la paroisse, Vincent Steyert. Saint-Maurice a en effet été désignée par Monseigneur Joseph Doré, archevêque de Strasbourg, paroisse catholique de référence pour les questions européennes. Une exposition sur le thème de L’hospitalité, entre tradition d’accueil et actualité européenne sera inaugurée dans l’église, le mercredi 20 novembre. La participation du président du Parlement européen, Pat Cox, est annoncée(3).
S’agissant de la formation des jeunes, le Centre d’information sur les institutions européennes (CIIE) organise un concours entre treize classes de 1re des lycées alsaciens, autant que de pays candidats à l’élargissement. D’une part, les jeunes doivent répondre à un questionnaire sur ce thème. D’autre part, chaque classe élabore deux pages sur un des treize pays candidats, pages destinées à une brochure qui sera diffusée par le CIIE. L’action, qui a démarré en octobre, sera conclue en mai par une rencontre des lycéens avec des personnalités locales et européennes.
Au lycée Kléber, la classe de Première de Patricia Hechinger, professeur d’histoire, et de M. Bersani, professeur de sciences économiques et sociales, a choisi la Lettonie et se passionne pour cette initiative. C’est la seule classe d’un lycée de la région à proposer une option Initiation aux institutions européennes. « L’Europe nous touche personnellement, parce que nous vivons à Strasbourg », affirme Jules qui participe au concours. Les motivations sont parfois, à juste titre, pragmatiques : « Je voudrais travailler plus tard dans une institution européenne », confesse Mélanie. « Les institutions européennes, c’est compliqué et c’est pas évident », avoue Olivia. L’objectif est précisément d’insérer dans l’enseignement scolaire une meilleure connaissance de l’Europe, en général, et de Strasbourg, en particulier.

Échanges commerciaux à développer L’objectif est noble. Mais, à Strasbourg et dans la Cus, on n’a pas attendu l’élargissement pour mieux se connaître, car cette Europe nouvelle est déjà bien présente (voir pages 7 à 17 et 30 à 44). Les associations, les organismes, les initiatives de toutes sortes sont bien réels. Mais, il est un domaine un peu en retrait. Ce sont les échanges commerciaux entre l’Alsace et les treize pays. Certes, près d’une vingtaine d’entreprises de Strasbourg et de la Cus ont des activités ou des relations commerciales avec la plupart des pays candidats.
Dès 1949, les États décident de construire une Europe dotée de véritables compétences économiques, puis politiques.
 
Patrick Schalk, de la Maison du commerce international de Strasbourg (Mcis) rappelle que « les liens ne datent pas d’hier. Avant la chute du mur de Berlin, les relations commerciales existaient avec l’URSS et les autres pays de l’Est, à travers leur "marché commun" qu’était le Comecon ». Ce que confirme Ronan Blanchard, responsable des achats et de la logistique chez Bayer Élastomères, avec un bémol, cependant : « Avec la Pologne, la République Tchèque, la Slovénie, les échanges étaient en place avant 1989. Toutefois, ils n’ont guère augmenté depuis. » Mais, il y a des exceptions. Ainsi, une des dernières productions des Brasseries Fischer, la Desperado*, fait un tabac en Slovénie...

Le palais des droits de l’homme et la Cour européenne des Droits de l’Homme : une juridiction unique en Europe.
© Conseil de l’Europe /architecte : Richard Rogers
D’une manière générale, les liens commerciaux sont, relativement, peu développés. La méconnaissance des risques et des solutions qui président au développement de ces échanges, une certaine crainte, aussi, de partir « dans l’inconnu », sont, certainement, à la base de cette frilosité. C’est la raison pour laquelle, indique Ursula Gori Kaminsky, « l’Euro Info Centre de la Chambre de commerce, va lancer une enquête pour connaître les attentes des entreprises, car elles sont trop peu informées ».
Mais, les possibilités de développement sont bien réelles. Karin Grandhay, responsable de la communication chez Steelcase-Strafor, est optimiste : « Il y aura moins de problèmes douaniers, d’où des gains de temps et d’argent. Ces pays qui sont moins équipés que les autres pays européens ont donc plus de besoins. » Même son de cloche avec Patrick Schalk : « Les dix pays qui rejoindront l’Union en 2004, sont un réservoir d’affaires important. Et comme beaucoup d’entreprises alsaciennes sont à la recherche de marchés nouveaux... » Ce n’est pas compliqué : 1 + 1 = 2...

Bienvenue chez nous !
Comment Strasbourg va-t-elle pouvoir gérer l’accueil, massif parfois, des représentants des nouveaux pays - parlementaires et leurs accompagnateurs, journalistes, hommes d’affaires, touristes, etc. -, qui, dans quelques mois, viendront régulièrement dans la capitale alsacienne ?
« Strasbourg continuera à prendre sa part de la dimension européenne et à assumer les obligations que lui valent cet honneur »
 
Sur le plan politique, pas de problème : le Parlement européen a déjà prévu une extension de l’IPE IV. L’équipe d’Architecture Studio, le concepteur du Parlement, propose la construction de deux salles qui seront en liaison directe avec le bâtiment existant. Ces deux salles auront une capacité de 450 places, avec 24 cabines pour l’interprétariat. Plus grandes que celles qui existent déjà, elles sont destinées à accueillir les groupes politiques les plus importants. Situées de plain-pied, elles présentent l’intérêt de traiter l’extension en continuité avec l’édifice existant.
Patrice Gény, directeur de l’Office du tourisme, rappelle que « les nuitées des touristes de Pologne, de Hongrie et de Slovaquie se comptent déjà par milliers chaque année ». Il estime que « l’hôtellerie et la restauration strasbourgeoises pourront accepter l’augmentation du nombre de visiteurs ». Attention, toutefois, aux chocs que peuvent provoquer les semaines de session qui se déroulent en même temps que des grands événements. Et là, naturellement, tout le monde pense aux festivités de Noël...
Mais, avant que les « nouveaux » ne soient sur place, il faut les faire venir. Si les échanges ferroviaires ne suscitent pas d’inquiétudes particulières, il n’en est pas de même pour les liaisons aériennes.
« On va pouvoir, enfin, construire l’Europe ensemble ! »
 
Du côté d’Air France, « on étudie les marchés avec précision pour l’échéance de 2004 », dit Gilbert Lalanne, le directeur régional. Alain Russel, le directeur de l’aéroport Strasbourg International, ne semble pas particulièrement inquiet : « S’il n’y a pas de vols directs avec les capitales des nouveaux pays, au pire, il ne faudra envisager qu’une seule correspondance, car les liaisons s’appuieront sur les différents hubs européens, tels ceux de Vienne, d’Amsterdam, de Bruxelles et de Paris-Charles de Gaulle. Il reste que l’élargissement devra être pris en compte dans les discussions pour l’établissement du contrat triennal 2003-2005. »


Le Parlement européen comprendra 726 députés, au lieu de 626 actuellement.
© Photo Parlement européen
Construire l’Europe ensemble D’une manière plus générale, Robert Grossmann a tenu à rappeler que « Strasbourg continuera, comme elle le fait depuis 50 ans, à prendre sa part de la dimension européenne que lui ont confiée les engagements internationaux souscrits par la France, et à assumer les obligations que lui valent cet honneur ».
Si le couple Strasbourg-Europe n’est plus tout jeune (la Commission centrale pour la navigation sur le Rhin, qui date de 1815, est là pour le rappeler), sa pérennité est une bataille constante. Il y a pour cela, des raisons d’être optimiste. Entre autres, la confiance qu’il faut accorder à ces femmes et ces hommes qui croient véritablement au destin européen.
Ainsi, Mirella Luksik, Polonaise, stagiaire au Parlement européen, est-elle catégorique en parlant de ses compatriotes : « Nous avons toujours été Européens. »

L’Union européenne passera de 15 à 25 membres.
Architecture Studio
Mais, la conclusion (provisoire) ne pouvait revenir qu’à Vesma Lappuke. Elle a fui la Lettonie, à 18 ans, en 1945, pour rejoindre Paris, puis Strasbourg. Un de ses fils, né en France, a fait toutes ses études à Strasbourg. Avec la double nationalité française et lettone, il est, actuellement, ambassadeur de Lettonie au Portugal. Et, dans quelques semaines, il occupera les mêmes fonctions, mais à
Paris (voir page 35) !
Vesma Lappuke est bien autorisée à dire que, maintenant « on va pouvoir, enfin, construire l’Europe ensemble ! »

Louis Nore et François Weiss

(1) Le Traité de Nice fixe le nombre de députés à 732 pour une Europe à 27. Or, les ministres des Affaires étrangères viennent de décider que les 25 pays membres de la future Union élargie devraient être représentés par 726 députés au Parlement européen qui sortira des urnes en juin 2004.

(2) Portes ouvertes au Parlement européen : samedi 23 et dimanche 24 novembre, de 10 heures à 18 heures, (entrée libre).

(3) Exposition à la paroisse Saint-Maurice, du 20 au 24 novembre (entrée libre). 41, avenue de la Forêt noire

- Maison du commerce international de Strasbourg :
41, quai Kléber,
Tél. : 03 88 76 42 24

- Euro Info Centre :
Chambre de commerce
et d’industrie,
place Gutenberg,
Tél. : 03 88 75 25 25

- Aéroport Strasbourg
International-Entzheim,
Tél. : 03 88 64 67 67

- Air France :
Tél. : 03 88 43 43 00

- Office du tourisme,
place de la cathédrale,
Tél. : 03 88 52 28 28

Im Jahre 2004 werden zehn Länder der Europäischen Union beitreten : Zypern, Estland, Ungarn, Lettland, Litauen, Malta, Polen, die Tschechische Republik, die Slovakei und Slovenien. Im Jahre 2007 werden dann Bulgarien und Rumänien an der Reihe sein. Die Verhandlungen hinsichtlich der Türkei sind noch nicht abgeschlossen.


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