Une enseigne centenaire au pied de la cathédrale
Jean, Jacques et Philippe Bastian ou la saga dune famille dantiquaires qui nest pas prête de sarrêter.
« Notre maison a eu cent trente ans cette année ! », déclare Jean Bastian avec un grand sourire qui éclaire son sympathique visage de septuagénaire. La maison nest autre que le magasin dantiquités « Bastian » dont les vitrines font face au flanc nord de la cathédrale. Elles se succèdent dans une série de quatre immeubles, construits au XVIIIe siècle par Jean-François BlondeI, larchitecte de lAubette, dans un souci dalignement des maisons de la place de la cathédrale.
Impossible de manquer le n° 24 : une grande enseigne très décorative rappelle lhistoire de Sultzer, ce ferronnier qui durant la Révolution sauva la flèche de la cathédrale que lon voulait abraser en la coiffant dun grand bonnet phrygien. Jean Bastian raconte lanecdote avec un vif talent de conteur dans le cadre féerique de son magasin où tout est authentique : Jean Bastian a été longtemps président national de la chambre des experts spécialisés avec une prédilection pour les céramiques Hannong. Depuis les premières faïences aux motifs bleu et blanc de 1721, jusquaux porcelaines ornées de fleurs fines de 1783, les créations de trois générations de Hannong sont ici représentées.
Dans le magasin Bastian, aussi, on en est déjà à trois générations : Charles, le premier à succéder au grand oncle Brion qui fonda laffaire en 1871, Jean et son fils Jacques, également expert près de la Cour dappel de Colmar et membre des experts spécialisés.
Bientôt un ouvrag
de référence
Cest Jacques Bastian qui explique lévolution du métier dantiquaire : « Lavenir se joue sur la spécialisation et sur la recherche scientifique. Les acquéreurs veulent comprendre ce quils achètent. À nous de restituer le contexte de la création des objets qui les intéressent ». La passion anime ce docteur en histoire de lart lorsquil évoque ses recherches pour retrouver trace de limmense service de table - 550 pièces, datées de 1751 - de lélecteur de Cologne, Clemens Auguste que ses héritiers ont dispersé. « Je rêve, dit-il, den restituer une partie pour une exposition projetée en 2005-2006 avec les musées de Strasbourg sur le thème, Lapport du Palais Rohan sur lart de vivre strasbourgeois ». Au cours dune durée relativement courte -- soixante ans - les Hannong nen ont pas moins produit des centaines de milliers de pièces très diversifiées : « De nouveaux modèles sortaient tous les cinq ans pour se conformer à la mode, pour rivaliser avec les productions dautres manufactures. Cela fonctionnait un peu comme les fabricants dautomobile aujourdhui », relate Jacques Bastian.
Depuis trente ans, il effectue de recherches sur les céramiques Hannong, quil a photographiées partout dans le monde, aussi bien à Atlanta quà Londres, à Hambourg ou à Copenhague, totalisant plus de 18 000 diapositives. Après avoir publié une vingtaine darticles et de brochures, il prépare actuellement un ouvrage de référence sur ce thème. Le livre, intitulé « Strasbourg, faïences et porcelaines 1721-1784 » est réparti en deux volumes, rassemblera six cents photos couleurs. Faute déditeur, Jacques Bastian a décidé de le publier lui-même avec sa femme Marie Alice sous le sigle de leurs initiales MAJB.
La réputation des Bastian attire un flux ininterrompu de visiteurs : telle dame allemande envoyée par le conservateur du musée de Mayence présente un pique-fleurs, tel Parisien désire savoir si le plat dasperges quil possède est de lauthentique « vieux Strasbourg »... Ne vous y trompez pas : quand nos deux experts rassurent leur interlocuteur en disant « cest bien des années cinquante... », sachez quil sagit toujours de 1750 !
Et lorsque sur les coups de midi retentit la sonnette du magasin pour laisser le passage au benjamin de la famille de retour de lécole, on se dit que la saga des Bastian aux pieds de la cathédrale nest pas prête de sachever...
Marie-Christine Périllon
Der Antiquitätenladen Bastian, 1871 an der Place de la Cathédrale gegründet, hat sich einen weltweiten Ruf für seine Spezialisierung auf Hannong-Keramiken erworben. Seit drei Generationen ist der Betrieb in Familienbesitz und auch die vierte wird das Unternehmen weiterführen.