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Concordat.

Deux siècles de liberté religieuse en Alsace

Le concordat constate et organise la séparation de l’église et de l’État.


Ministère des Affaires Étrangères - Direction des Archives / © Chriselle Rousseau 2001
Fac-similé de la dernière page du texte scellant le concordat.

Héritage de l’histoire, l’Alsace et la Moselle vivent sous le régime du droit local dont l’un des éléments est le concordat. Signé en 1801 à l’instigation de Bonaparte, le Premier consul, avec le pape Pie VII, le concordat a donc deux siècles d’existence.

Alors que le régime concordataire s’applique aujourd’hui au protestantisme et au judaïsme, le concordat de 1801 est d’abord une affaire catholique, comme en atteste son article premier : « Le Gouvernement de la République reconnaît que la religion catholique est la religion de la grande majorité des citoyens français. »

Fin stratège, Bonaparte laisse la porte ouverte aux minorités. Mais il n’en est pas moins opportuniste car, avant de se lancer à la conquête de l’Europe, il avait besoin d’établir la paix religieuse pour assurer l’unité du pays, malmenée par la Révolution. Les autres articles du concordat stipulent que le nombre de diocèses est réduit, que les paroisses sont réorganisées, que les évêques et les principaux membres du clergé sont nommés par le Premier consul auquel ils prêteront serment de fidélité et que « le gouvernement assurera un traitement convenable aux évêques et aux curés ».

Tenir compte

des situations nouvelles

« Le concordat constate et organise les séparations de l’autorité religieuse et de l’État, chacun respectant les domaines de compétence de l’autre », relève René Levresse, chancelier de l’archevêché de Strasbourg, co-organisateur d’un récent forum sur la question. Le cadre de la séparation de l’église et de

l’État est ainsi établi. Qu’en est-il du protestantisme et du judaïsme ? En 1802 paraissent des lois organisant le culte catholique mais aussi le culte protestant dont les droits avaient été maintenus par le traité de Westphalie (1624). Quant aux Juifs, le décret leur accordant les droits de citoyens français date de 1791. Quelques années plus tard, en 1808, l’Assemblé nationale leur concède la liberté de culte puis, en 1844, organise le fonctionnement des communautés. L’ossature des textes de 1801 est restée la même, mais a été enrichie d’éléments qui répondaient à des situations nouvelles.

Reste la question de l’islam qui, aujourd’hui en Alsace, se place en troisième position des religions pratiquées et non en deuxième position comme dans le reste de la France. Serait-il adapté de transposer nos schémas à un monde musulman si diversifié ? Faut-il insister sur un « islam à la française » ? Il appartient au gouvernement de la République et aux représentants élus du peuple d’accorder ou non un statut spécifique à l’islam.

Le concordat, « exception alsacienne », a, certes, ses détracteurs. Il reste cependant fortement ancré dans les traditions religieuses alsaciennes et dans les lois républicaines, deux notions qui ne sont pas incompatibles, mais complémentaires.

Max Frey

Der Vertrag "exception alsacienne" (Elsässer Ausnahme) feiert sein 200-Jähriges Bestehen und erfreut sich bester Gesundheit.

Le concordat en pratique, aujourd’hui

° Les évêques des diocèses de Strasbourg et de Metz sont nommés par le Président de la République, sur proposition du Pape, et la nomination des ministres du culte est agréée par le ministère de l’Intérieur.

° Prêtres, pasteurs et rabbins sont rémunérés par l’État (de 930 à la base jusqu’à 3 049 euros pour les évêques, soit de 6 100 francs à 20 000 francs), ce qui représente une dépense annuelle de 33,54 millions d’euros soit 220 millions de francs.

° Chaque paroisse a le statut juridique d’établissement public du culte et est dotée d’une autonomie administrative.

° La loi Falloux de 1850 accorde aux congrégations religieuses le droit de créer des écoles, et aux communes le droit de faire appel aux églises pour exercer l’enseignement primaire.

° L’enseignement religieux est officiellement dispensé dans les écoles et les lycées (mais non obligatoire).



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